Cette année, la Communauté du Pacifique (CPS) souffle ses 70 bougies. Cet anniversaire marque une étape importante. L’Organisation célèbrera cet événement mémorable lors d’un dîner de gala, qui se tiendra le vendredi 28 juillet et clôturera la session annuelle du Comité des représentants des gouvernements et administrations (CRGA) et la dixième Conférence de la Communauté du Pacifique.

La CPS fait partie intégrante du développement des pays océaniens.

Ma mère a suivi une formation proposée par la CPS en 1960 ; elle était alors enseignante en économie domestique à Niue. Je suis sûr que, dans la région, beaucoup connaissent dans leur entourage quelqu’un qui a déjà bénéficié d’activités menées par la CPS.

Fondée en 1947 par l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et les États-Unis d’Amérique, en vertu de la Convention de Canberra, la CPS fournit un soutien scientifique et technique aux pays océaniens membres afin de les aider à atteindre leurs objectifs de développement. En 1983, la Conférence du Pacifique Sud, réunie à Saipan, décide d’octroyer le statut de membres à part entière à l’ensemble des États et Territoires insulaires océaniens, afin que ces derniers s’approprient pleinement la CPS. Cette décision marque un tournant historique pour la CPS, qui devient la première organisation intergouvernementale du Pacifique à mettre concrètement en pratique les principes du régionalisme.

Voici une rétrospective des événements marquants de l’histoire de l’Organisation :

Le Secrétariat du Programme régional océanien de l’environnement (PROE) a été créé dans les années 70, à l’initiative de la CPS, du Bureau de coopération économique du Pacifique Sud, de la Commission économique et sociale pour l’Asie et le Pacifique, et du Programme des Nations Unies pour l’environnement. Le PROE s’est dissocié de la CPS en 1992 et est devenu une organisation intergouvernementale indépendante le 6 juin 1993. Aujourd’hui, il constitue un partenaire incontournable de la CPS pour les questions de changement climatique et de durabilité environnementale.

En 1959, la quatrième Conférence tenue à Rabaul (Papouasie-Nouvelle-Guinée) a approuvé la création des Jeux du Pacifique Sud. La première édition s’est déroulée à Suva, en 1963, et a rassemblé 650 athlètes venus de 13 Territoires. Cette manifestation célèbre, aujourd’hui connue sous le nom de Jeux du Pacifique, est devenue une véritable institution océanienne.

La création du Festival des arts du Pacifique Sud remonte à la huitième Conférence de la CPS, organisée à Nouméa, en 1968. Depuis sa première édition, tenue à Suva en 1972, le Festival des arts est l’occasion de célébrer les cultures océaniennes. Le douzième Festival des arts du Pacifique, qui s’est déroulé à Guam en 2016, a rassemblé plus de 2 500 participants venus des quatre coins de la région, dont de nombreux visiteurs du monde entier.

C’est au milieu des années 70 que les épidémiologistes de la CPS et les responsables de la santé de Nauru ont, pour la première fois, mis en lumière la forte prévalence du diabète à l’échelon du pays. La première étude du genre a en effet été conduite à Nauru, en 1975, et a révélé un taux de prévalence de 35 %. De nombreuses études similaires ont depuis été menées dans toute la région océanienne et ont permis de montrer l’ampleur du problème que posent les maladies non transmissibles (MNT), comme le diabète, les cardiopathies ou la goutte. Encore aujourd’hui, les MNT représentent une grave menace pour la santé publique dans tous les pays océaniens.

À la fin des années 70, les halieutes de la CPS ont quant à eux commencé leurs activités de marquage des thons, un travail qui contribue pour beaucoup à l’évaluation des stocks de thonidés du Pacifique. La CPS mène des projets de marquage des thonidés dans l’ensemble de la région afin de réunir les informations essentielles à l’évaluation des différentes espèces de thon présentes dans le Pacifique occidental et central. L’objectif spécifique de cette recherche est d’obtenir des informations sur la croissance, les mouvements, la mortalité naturelle et la mortalité due à la pêche des thonidés.

Au début des années 1980, les experts des pêches de la CPS ont joué un rôle essentiel dans la mise au point et le mouillage, dans toute la région, de dispositifs de concentration du poisson (DCP). Les DCP de conception artisanale permettent aux communautés côtières de pêcher plus de poisson et, ainsi, de renforcer leur sécurité alimentaire et leurs moyens de subsistance, tout en réduisant les pressions s’exerçant sur les ressources marines côtières. La CPS demeure à ce jour la principale dépositaire des connaissances acquises dans la région dans le domaine des DCP.

La CPS a acquis une renommée mondiale en tant que « diffuseur de connaissances » doté d’une panoplie d’outils au service du développement durable des cultures, de l’élevage et de la foresterie. Au fil du temps, les agronomes, les sylviculteurs et les pédologues de la CPS ont obtenu des résultats tangibles en travaillant aux côtés des communautés rurales, le but étant de les aider à sortir de la « pauvreté », à améliorer leur situation économique et à déverrouiller l’accès aux marchés de façon à développer les économies. Des progrès substantiels ont été réalisés en matière de biosécurité, ce qui a contribué à la mise en place de normes et de prescriptions applicables aux exportations et aux importations agricoles, et a permis de protéger les frontières contre l’introduction d’organismes nuisibles et de maladies.

Le Centre régional du matériel génétique a été inauguré en 1998, dans le but d’améliorer la sécurité alimentaire. Il a été rebaptisé Centre d’étude des cultures et des arbres du Pacifique (CePaCT) afin de mettre en évidence l’importance que revêtent les arbres pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle et pour la création de richesses dans le Pacifique. Si le Centre a vocation à conserver la remarquable diversité génétique de la région, il a également pour mission de distribuer des plants aux cultivateurs de toute la région Pacifique. Il abrite la plus importante collection de taros du monde et s’est révélé un atout précieux à la suite de catastrophes. Le CePaCT met son matériel et ses connaissances à la disposition du réseau mondial de banques de semences.

Les responsables politiques de la région doivent s’appuyer sur des indicateurs sociaux, économiques et démographiques précis et actuels pour étayer leurs activités. Depuis plusieurs décennies, la Communauté du Pacifique œuvre à la consolidation des services et des systèmes statistiques des pays membres, en leur apportant un soutien, en dispensant des formations et en menant des actions de renforcement des capacités. Elle est la seule organisation de la région dotée d’une équipe spécialisée dans le domaine de la statistique, qui aide les membres à collecter, analyser et diffuser des données. La mise en place du Système d’information pour la région océanienne (PRISM), un portail régional qui propose au visiteur des liens vers tous les services nationaux de la statistique des États et Territoires insulaires océaniens, est un bel exemple du travail mené sur ce front. En moyenne, ce site Web enregistre plus de 5 000 visites par mois.

La Commission océanienne de recherches géoscientifiques appliquées (SOPAC) a été intégrée à la CPS en 2010 et fait désormais partie de la Division géoscience. Les agents de cette Division apportent un soutien scientifique et technique aux membres en fournissant des services dans les domaines de l’eau et de l’assainissement, ainsi que des géosciences appliquées aux océans, aux îles et aux littoraux, afin d’aider les pays à gérer et valoriser leurs ressources naturelles, à renforcer leur résilience face aux aléas et à favoriser l’adoption de méthodes fondées sur des données scientifiques pour appuyer l’adaptation et la gestion des risques de catastrophe. Depuis le début de l’année 2000, la Section frontières maritimes de la CPS a accompagné les membres dans leur démarche de négociation et de délimitation maritime. Le Pacifique compte environ 49 zones économiques exclusives (ZEE) partagées ou qui se recoupent, et 30 % d’entre elles ne sont pas encore délimitées. En 2016, Vanuatu et les Îles Salomon ont conclu un accord de délimitation maritime, après pas moins de 33 années de négociation.

Le Programme pour l’évaluation et la qualité de l’enseignement (EQAP), anciennement le Conseil océanien d’évaluation pédagogique (SPBEA) a également rejoint la CPS en 2010. L’EQAP porte sur l’amélioration de la qualité de l’enseignement et l’évaluation des normes pédagogiques en Océanie. En 2015, l’EQAP a réalisé la plus vaste évaluation régionale des aptitudes à la lecture, à l’écriture et au calcul (PILNA) jamais entreprise dans le Pacifique. Au total, 45 000 élèves inscrits dans 700 établissements scolaires de 13 pays ont participé à cette évaluation, dont les résultats ont mis en évidence une certaine amélioration, cependant le faible niveau en lecture, écriture et calcul demeure un défi pour la région.

En 2014, la CPS a contribué à la création de la Commission des transports maritimes du Pacifique central (CPSC). La CPSC est un organisme intergouvernemental chargé de promouvoir la coopération, la coordination et la réglementation du transport maritime international entre Kiribati, les Îles Marshall, Nauru et Tuvalu. Pour améliorer la fréquence, l’accessibilité économique et la pérennité des services de transport maritime, la CPSC régule la fourniture de ces services en encadrant la concurrence et l’octroi de licences aux compagnies maritimes qui desservent ses pays membres. Cette commission offre aux pouvoirs publics et au secteur privé une plateforme unique en son genre leur permettant d’œuvrer de concert à la mise en place de partenariats public-privé (PPP) privilégiés et de débattre des enjeux auxquels le secteur des transports maritimes est confronté depuis longtemps dans la région, comme des tarifs de fret élevés et la fréquence de la desserte.

The Pacific Way est l’émission de télévision phare de la Communauté du Pacifique. Conçue en 1995 comme une simple plateforme de communication sur l’actualité de la région, l’émission a évolué au fil du temps jusqu’à sa forme actuelle : un programme hebdomadaire de 30 minutes, relayé par 20 chaînes du Pacifique et jouissant d’un fort audimat. Cette émission doit sa longévité et son caractère emblématique aux partenariats durables noués avec les diffuseurs de la région et à la fidélité de ses nombreux spectateurs.

Depuis longtemps déjà, la CPS appuie l’autonomisation des femmes et des jeunes dans la région. Au cours des 40 dernières années, la CPS a organisé 12 conférences régionales sur la condition féminine, un rendez-vous triennal qui permet de faire le point sur la mise en œuvre de la Plateforme d’action pour le Pacifique en faveur de l’avancement des femmes et de l’égalité des sexes, ainsi que sur les 12 domaines essentiels du Programme d’action de Beijing. Les inégalités entre les sexes perdurent, et il convient de préciser que la CPS continuera de se faire le porte-parole de l’autonomisation des femmes dans notre région.

Récemment, la CPS a collaboré à l’élaboration du Cadre océanien pour l’épanouissement de la jeunesse 2014-2023 avec le Conseil de la jeunesse du Pacifique et ses partenaires. Ce cadre orientera nos activités à l’avenir. Il est décevant de constater que les financements sont toujours aussi difficiles à obtenir, alors qu’il existe d’excellentes raisons d’investir dans la jeunesse. L’initiative Youth@Work lancée à l’origine aux Îles Salomon a permis à plus de 6 000 jeunes de trouver un emploi par le biais de ce programme phare de la CPS aux Îles Salomon, à Vanuatu, en Papouasie-Nouvelle-Guinée et à Niue. De plus, 3 000 autres jeunes ont pu bénéficier d’une formation dans une entreprise privée.

L’Équipe régionale d’éducation en matière de droits de la personne a aidé les pays membres à bâtir une culture des droits de la personne, et à adopter et respecter des principes reconnus à l’échelle internationale en matière de droits fondamentaux et de bonne gouvernance. En 1998, l’Équipe régionale a remporté le prix Maurice Pate des Nations Unies pour ses travaux pionniers dans la région Pacifique et, en 2015, elle a été nommée pour le prix « La tulipe des droits de l’homme ». L’Océanie est encore confrontée à de nombreux défis relatifs aux droits de la personne, d’où le besoin de soutenir les activités menées par l’Équipe régionale.

Au mois de novembre 2014, la CPS a eu l’honneur d’accueillir le président François Hollande à son siège, pour une réunion organisée avec les chefs d’État et de gouvernement océaniens, en préparation des négociations de l’Accord de Paris sur le climat fin 2014. Nous sommes d’avis que cette réunion a renforcé la prise de conscience du Président Hollande et son soutien aux questions relatives aux petits États insulaires océaniens lors de la Conférence de Paris. En effet, les nations du Pacifique ont réussi, de manière jusqu’alors inédite, à faire entendre leur voix lors des négociations de l’Accord de Paris. Les incidences négatives du changement climatique restent l’un des plus grands défis auquel est confrontée notre région. Il convient de signaler que la CPS a organisé la première Conférence sur l’élévation du niveau de la mer en avril 1992.

Toujours en 2014, l’Assemblée générale des Nations Unies a accordé à la CPS le statut d’observateur auprès des Nations Unies. Ce résultat est de taille, car les défis auxquels sont confrontés de nombreux petits États insulaires océaniens trouvent leur origine à l’échelle mondiale.

À l’avenir, la CPS continuera de jouer un rôle primordial dans la région, notamment comme principal prestataire de services scientifiques et techniques pour ses pays membres. Alors que l’on observe un nombre croissant d’acteurs du développement, et que les ressources se font de plus en plus rares, la CPS a lancé un exercice de priorisation pour privilégier des domaines d’activités qui correspondent à ses compétences et pour lesquels elle peut apporter une valeur ajoutée et avoir le plus d’impact possible. Grâce à une bonne direction, à une gestion prudente, au soutien de ses membres et à un financement durable, la CPS fournira des services précieux à ses membres pendant encore au moins 70 ans.